
J'ai entendu parler de Cogiscan pour la première fois en 2012, alors que je travaillais chez Saline Lectronics et que nous installions leur système. J'avais le mandat de faire connaître les gains que la plateforme TTC de Cogiscan apportait à l'offre de traçabilité de Saline auprès de ses clients haute fiabilité, et j'ai été fascinée par ce que j'ai découvert sur le pouvoir du logiciel pour améliorer le procédé SMT. Travailler avec les gens de l'entreprise – des ingénieurs d'application aux directeurs des ventes jusqu'à la haute direction – était rafraîchissant, et j'ai vraiment aimé les projets que nous avons menés ensemble. J'admirais à quel point ils semblaient « différents » des autres entreprises de l'industrie, et je me suis promis d'y travailler un jour.
Comme on dit, le reste appartient à l'histoire. Je suis entrée chez Cogiscan en 2018 et, contrairement à bien d'autres organisations qui déçoivent quand on regarde dans les coulisses, l'entreprise est restée fidèle à ma première impression – menée par des fondateurs réfléchis et sincères, qui placent les personnes au premier plan sans jamais sacrifier le progrès et l'innovation.
Comme dans toute chose, il y a des hauts et des bas, et pourtant Cogiscan traverse les épreuves de la vie moderne avec grâce et authenticité. C'est en grande partie parce que les trois fondateurs (André Corriveau, Vincent Dubois et François Monette) ont ancré ces valeurs clés dès les premiers balbutiements de l'entreprise, en 1999 (dans la chambre d'ami d'André), et qu'ils les ont incarnées au quotidien pendant les 25 années suivantes, à mesure que l'entreprise grandissait.
Tous les trois quitteront Cogiscan pour la retraite à la fin de l'année. Voici l'entretien que nous avons eu sur leur parcours :
AC : Notre premier bon de commande important pour un produit qui n'existait même pas encore ! C'est ce qui a lancé notre relation avec Juki Europe en 2004, grâce au développement de notre système RFID Smart Feeder. Cette relation n'a cessé de prendre de l'ampleur par la suite, et Juki est aujourd'hui l'un de nos plus anciens partenaires.

L'histoire à succès de notre solution de verrouillage « policier du trafic » SMEMA, le Product Flow Controller (PFC). Ce petit produit simple et efficace comblait une lacune réelle et importante, et il demeure l'une de nos meilleures ventes. C'est le complément parfait de notre suite logicielle Track, Trace & Control (TTC) – les applications de TTC ne peuvent pas se contenter de signaler une erreur, il nous fallait un appareil capable d'arrêter physiquement la ligne.
VD : Les nombreuses célébrations au fil des ans, avec tous nos employés et nos amis – même en passant d'un petit groupe à une équipe beaucoup plus grande ces dernières années, nous sommes toujours restés très soudés.
Et les premières célébrations entourant nos premiers gros contrats avec de grandes entreprises manufacturières comme Raytheon et Delphi, en plus de Juki. Quand nous nous sommes rendus jusqu'en Asie avec l'installation chez Schneider Electric dans la division APC (avec plusieurs sites en Inde, aux Philippines et en Chine), on a vraiment senti que ça nous faisait connaître !
FM : Mes souvenirs préférés tournent autour de nos événements d'entreprise, où des employés de partout dans le monde se réunissaient à Bromont pour quelques jours de travail et de plaisir ! Et les nombreux salons commerciaux et voyages d'affaires un peu partout sur la planète, avec mes collègues, nos partenaires et nos clients.
VD : De notre équipe et de notre culture. Je rêvais d'un « laboratoire » où nous pourrions essayer des choses dans l'entreprise pour faire émerger l'excellence humaine en même temps que des résultats d'affaires. Nous ne sommes pas allés jusqu'au bout — rien n'est parfait en ce monde —, mais je suis incroyablement fier de cette culture qui place l'humain d'abord, dans un monde capitaliste qui valorise les egos et les plus forts (nous n'avons jamais cru que la fin justifiait les moyens).
Et d'avoir travaillé à créer quelque chose qui a été acheté et installé dans des usines du monde entier, parce que nous offrions la meilleure solution aux fabricants de produits électroniques.
AC : De l'écosystème que nous avons bâti avec d'autres fournisseurs, tant d'équipements que de logiciels, pour offrir des solutions connectées et collaboratives aux clients finaux partout dans le monde. Et de notre capacité à combler les fossés technologiques en proposant des solutions innovantes à de vrais problèmes de fabrication (le PFC dont on vient de parler en est un excellent exemple).
FM : Ma plus grande fierté, c'est que notre entreprise ait conçu et mis en marché une série de solutions très innovantes. Bien d'autres entreprises ont copié nos solutions, ou s'en sont inspirées, au fil des ans — et l'imitation est la plus sincère des flatteries. Un exemple : le contrôle automatisé des MSD. Aujourd'hui, on trouve normal que la plupart des entreprises apposent des étiquettes à code-barres avec un identifiant unique sur leurs composants, jumelées à un logiciel pour gérer les composants sensibles à l'humidité. Mais quand nous avons lancé Cogiscan il y a 25 ans, tout le monde suivait encore le temps d'exposition avec un papier et un crayon. Nous avons inventé et breveté ce concept, qu'on retrouve aujourd'hui dans de nombreuses solutions logicielles, commerciales ou maison.
FM : En 25 ans, j'ai appris de nouvelles leçons chaque jour. Quand on a l'esprit tourné vers l'amélioration continue, la sienne comme celle de l'entreprise, on trouve des occasions d'apprendre partout.
Une leçon clé ressort : n'ayez pas peur d'essayer de nouvelles choses, et ne voyez pas les échecs comme des événements négatifs, car ils font partie d'un apprentissage continu. Gardez aussi la « persévérance et la détermination » au centre : si vous n'abandonnez jamais, vous pouvez traverser n'importe quoi.
AC : Entourez-vous toujours de gens de talent et ne prenez jamais vos relations ni vos partenariats pour acquis. La vie fait son œuvre – les gens bougent et partent naturellement, et le contexte d'affaires comme les objectifs changent eux aussi. Faites de votre mieux pour rester connectés et vous adapter vite.
VD : Une entreprise n'est rien de plus (ni de moins) que des personnes qui se réunissent autour d'un objectif commun (actionnaires, administrateurs, employés). Choisissez-les avec soin pour leur talent, mais aussi pour leurs valeurs, et assurez-vous que celles-ci s'alignent.
Soyez curieux et à l'affût de ce qui se passe, pas seulement dans votre industrie, mais aussi du côté des nouvelles façons de faire (procédés, gestion des personnes, nouvelles technologies, etc.). Allez même à l'extérieur de votre industrie pour les découvrir – le pouvoir de la pollinisation croisée est redoutable ! Dans chaque situation, même les mauvaises, il y a une occasion à saisir. Soyez prêts !
AC : La pandémie de COVID-19 a radicalement changé notre façon d'interagir avec nos clients comme avec nos partenaires : nous avons délaissé les rencontres en personne pour nous appuyer davantage sur les réunions en ligne. Cela a aussi changé notre façon de mener l'entreprise et d'interagir avec nos gens.

VD : En plus de 25 ans, nous avons vécu plusieurs cycles importants, mais je n'en nommerai que ceux-ci :
FM : Une socio-économie qui change à vive allure et un rythme toujours plus rapide d'arrivée de nouvelles technologies, combinés à différentes crises comme la pandémie mondiale, ont créé un environnement d'affaires stimulant et exigeant, c'est le moins qu'on puisse dire. Il n'y a jamais eu un moment ennuyant en 25 ans !
Sur le plan personnel comme professionnel, le défi a été de prendre du recul par rapport à tout ce bruit et à cette surcharge d'information, pour me recentrer sur ce qui compte le plus pour moi. Cela comprend mes relations avec ma famille, mes amis, mes collègues, nos clients et nos partenaires d'affaires. Je suis le plus heureux quand je trouve le juste équilibre entre la réalisation de mes propres aspirations et l'aide que j'apporte aux gens qui me sont chers.
VD : L'électronique est partout et le sera dans encore plus d'endroits – autrement dit, notre industrie va continuer de croître. En même temps, comme industrie, nous avons mis depuis 2001 tous nos œufs dans le même panier des « pays à bas coûts ». La pandémie et les ruptures de la chaîne d'approvisionnement que nous avons vécues montrent que l'approvisionnement unique n'est pas une bonne idée pour une véritable résilience. C'est pourquoi la délocalisation de proximité s'accélère, même si on en parle depuis plus d'une décennie, et cela obligera la fabrication électronique à intégrer davantage d'automatisation pour se transformer en usines plus intelligentes. Je crois que nous verrons de nouveau plus d'investissements en innovation, comme dans les années 1990, avant l'éclatement de la bulle et la course aux bas salaires.
La pandémie et les catastrophes naturelles intenses des dernières années se répéteront très probablement dans les années à venir, à cause des changements climatiques. Cela aura de multiples répercussions sur notre société, mais aussi sur nos systèmes économiques et politiques et sur la situation géopolitique mondiale. Je crois que cela devrait pousser notre industrie à faire de la résilience de la chaîne d'approvisionnement et de la délocalisation de proximité une priorité.
FM : J'ai fait bien des prédictions au fil des ans et la plupart ne se sont pas réalisées comme prévu. La seule chose que je peux prédire, c'est encore plus de changements imprévus. La clé pour survivre et prospérer, c'est d'accueillir le changement comme une occasion de grandir – pour Cogiscan comme pour l'industrie au complet.
FM : Je ne vois que de bonnes choses pour Cogiscan. Après 25 ans sous la direction des fondateurs, c'est le bon moment pour qu'une nouvelle génération, pleine d'énergie et d'idées neuves, amène l'entreprise au niveau suivant. J'ai hâte de regarder de loin ce qu'ils accompliront au cours des 25 prochaines années, et je suis convaincu que ça dépassera toutes mes attentes !

VD : Chaque changement apporte des occasions. La nouvelle équipe de direction aura la chance de façonner l'entreprise, la façon dont Cogiscan fait les choses et ce sur quoi elle se concentre – et c'est normal que cela reflète sa propre vision. Même si l'entreprise a de bons processus en place, changer certaines façons de faire pourrait donner de très bons résultats.
L'IA va révolutionner bien des choses dans un avenir rapproché. Cogiscan devrait l'adopter pour ses propres processus, mais aussi pour développer de nouvelles solutions. On verra probablement de plus en plus d'entreprises en démarrage, sans bagage technique ni historique, offrir des solutions légères et efficaces grâce à l'IA.
AC : Que les 3 fondateurs ne sont plus dans le chemin pour faire avancer les choses !! Haha ! Nous avons mis notre propre saveur pendant bien des années et nous avons aidé l'entreprise à devenir ce qu'elle est aujourd'hui. Le changement peut être stimulant ! Et c'est maintenant le temps pour la nouvelle équipe de direction d'y mettre sa saveur et d'amener l'entreprise au niveau suivant.
VD : Que vous avez imaginé de nouvelles façons de faire qui vous ont permis d'accélérer, tout en gardant vivante la valeur du mieux-être propre à Cogiscan. Et que vous commencez à en récolter les fruits avec une quantité phénoménale de commandes de nouveaux clients !
FM : J'ai hâte de voir tout ce que vous ferez différemment des 25 dernières années et comment cela ouvrira de nouvelles portes à Cogiscan. J'espère que, dans un an, je serai invité à un bon souper pour célébrer l'immense succès de votre première année !
FM : Je me sens bien. Après 25 ans dans la même entreprise, j'ai un sentiment d'accomplissement et aussi le besoin de faire autre chose. J'ai l'impression que c'est le début d'un nouveau chapitre de ma vie, qui commence sur une page blanche, pour profiter de ce que j'espère être les plus belles années de ma vie.
AC : Je ne comprends pas ce que veut dire « retraite ». Pour moi, c'est simplement une nouvelle phase de ma vie et l'occasion de faire quelque chose de complètement différent.
VD : La retraite, c'était arrêter de travailler à 65 ans parce que l'espérance de vie n'était que de 68 ans ! Je pense qu'il faut maintenant la redéfinir… quelque chose comme « je prends ma retraite de Cogiscan », et non pas simplement « je prends ma retraite ». Ça veut dire qu'il y a quelque chose après la retraite de Cogiscan. C'est quoi, ce quelque chose ? Je ne sais pas encore. Mais j'ai hâte de le découvrir.
VD : Bon, commençons par nuancer ma retraite : je prends ma retraite comme PDG de Cogiscan. Je resterai engagé auprès de Cogiscan par la suite pour aider la nouvelle équipe en place, aussi longtemps que j'apporterai de la valeur.
Je compte aussi prendre la première année pour réfléchir à la suite pour moi. Une chose est certaine : tout ce dans quoi je m'engagerai, ce sera parce que je sens que je peux y apporter de la valeur et faire une réelle différence.
AC : Je vais faire une pause un moment, le temps de décider comment utiliser mon temps le mieux possible. J'ai plusieurs intérêts dans différents domaines : l'immobilier, l'investissement, l'énergie propre, le bénévolat ou l'implication dans un organisme de bienfaisance… et probablement aussi la voile, le design… et quoi encore ! Manquer d'idées n'a jamais été mon problème, et j'ai hâte à une nouvelle phase productive de ma vie.
FM : D'abord, je veux prendre un peu de temps sans prendre d'engagement majeur – savourer la liberté de faire ce que je veux, quand je le veux. J'ai déjà une liste de petits projets et d'activités, dont de nouvelles choses à essayer et à apprendre. Je suis réaliste et je soupçonne que je n'aurai pas assez de temps pour tout faire sur cette liste, et c'est très bien, parce que j'ai aussi besoin de réapprendre l'art de me détendre et de ne rien faire (de temps en temps).
Je sais que, dans les prochaines années, les choses ne se passeront probablement pas exactement comme prévu ; je laisse donc toutes les options ouvertes. Je poursuivrai toute activité ou tout projet qui me gardera heureux et épanoui.
J'aimerais profiter de l'occasion pour remercier tous ceux et celles qui ont été associés à Cogiscan au cours des 25 dernières années, en commençant par les deux autres mousquetaires, devenus comme mes frères, Vincent et André. La liste complète est tout simplement trop longue pour nommer des noms, mais elle comprend tous les investisseurs, consultants, employés, partenaires et clients. Et bien sûr ma famille, mes amis et toutes les personnes rencontrées au fil des ans qui m'ont influencé durant ma carrière et qui m'ont mené au point où j'étais prêt et capable de faire ce saut un peu fou il y a 25 ans. Merci à vous tous, du fond du cœur.